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Delphine CadilhacDelphine Cadilhac, Le jeudi 01 février 2024
Hôtels

Rencontre avec Didier Lefort, architecte et designer du mythique hôtel The Datai Langkawi

Il avait à son actif la conception de « seulement » deux petits hôtels quand un projet fou s’offre à lui en 1989 : imaginer un hôtel de luxe au cœur de la jungle malaisienne.
  • The Datai Langkawi - The Pavilion
    The Datai Langkawi - The Pavilion

« À l’origine, il y avait un hôtel trois étoiles et un quatre étoiles sur l’île de Langkawi, au nord-ouest de la Malaisie. Lors d’un dîner parisien avec mon ami Ed Tuttle, architecte et designer des célèbres hôtels Aman, ce dernier me confie qu’on lui a proposé de faire un hôtel haut de gamme sur cette île méconnue, mais que par manque de temps, il a pensé à moi pour réaliser ce projet, en collaboration avec l’architecte australien Kerry Hill. » 

Une proposition pour le moins séduisante, mais qui a quand même interpellé Didier Lefort sur sa légitimité, lui qui n’avait alors travaillé que sur des petites structures hôtelières et œuvré surtout sur des projets sociaux et culturels en Asie et en Afrique pour la Fondation Aga Khan. Qu’à cela ne tienne, Kerry Hill est emballé à l’idée de collaborer avec lui, surtout quand il apprend que la formation de Didier Lefort aux Beaux-Arts et aux Arts Décoratifs lui ont permis d’avoir la double casquette d’architecte et d’architecte d’intérieur. Un atout indéniable pour assurer une cohérence entre le bâti et la décoration.

Notre article complet sur The Datai Langkawi

  • The Datai Langkawi - vue générale
  • Didier Lefort, architecte du Datai

 

En mettant l’hôtel en retrait de la plage, nous voulions signifier que la nature était plus forte que l’océan

Le premier hôtel de luxe écologique en Malaisie

L’australien avait en tête de créer un hôtel perché sur une pente de 40 degrés, à 300 mètres au-dessus de la mer d’Andaman, noyé dans une forêt primaire de dix millions d’années, et qui préserverait la beauté naturelle de la plage, de la végétation, en s’intégrant à son environnement. En somme, un concept qui prônait la durabilité avant tout le monde et une démarche très novatrice à une époque où peu d’hôtels se souciaient de leur impact sur leur environnement.

« En mettant l’hôtel idyllique en retrait de la plage, nous voulions signifier que la nature était plus forte que l’océan. C’était commun de positionner les hôtels en bordure de mer, mais peu de sites avait une richesse telle que cette incroyable forêt millénaire, avec ses arbres de 50 mètres de haut. Nous avons tout de suite perçu que l’expérience allait être beaucoup plus forte en vivant au cœur de cette faune et de cette flore, tout en profitant des plaisirs balnéaires. »

The Datai Langkawi

 

Le gouvernement, propriétaire du terrain, a facilité la bonne marche des travaux en construisant des routes jusqu’à lui (« on partait vraiment d’une jungle vierge de tout habitat ») et les deux architectes ont alors veillé à construire l’hôtel en fonction de la structure même de cette dernière : « un arbre traverse la villa présidentielle et tous ceux qui ont été coupés ont été réutilisés pour fabriquer les pilotis du restaurant, des villas ; nous avons privilégié les matériaux locaux comme le marbre blanc des carrières proches ; nous nous sommes adaptés au climat, avec de grands toits à larges débords, peu de climatisation mais des brasseurs d’air et des espaces tournés vers la nature rafraîchissante ». Auréolé d’un diplôme obtenu en 1977 et dont le mémoire de recherche avait été consacré aux énergies nouvelles – très visionnaire pour son temps - Didier Lefort pouvait alors pleinement exprimer sa vision en la matière.

  • The Datai Langkawi - Rainforest Villa
  • The Datai Langkawi - The Datai Estate Villa

 

Renaissance d’un mythe

En 1993, The Datai Langkawi ouvre ses portes, premier hôtel écologique de la destination, qu’il boostera sans conteste. Distingué internationalement par d’innombrables récompenses, membre du club très privé des hôtels les plus incroyables de la planète, plébiscité pour sa baie « parmi les plus belles du monde » selon le National Geographic, il s’offre une renaissance en 2018, supervisée par l’architecte qui l’avait vu naître.

« Quand j’ai été rappelé, l’hôtel avait 25 ans : il n’avait pas vieilli dans son style et il marchait très bien. Un habitué était venu presque 50 fois, avait sa chambre, sa plaque avec son nom… Les fidèles étaient très craintifs à l’idée de voir leur hôtel rafraîchi, modernisé. Je les ai rassurés en leur confiant que je connaissais les lieux par cœur et que j’étais le mieux placé pour raviver son âme ».

  • The Datai Langkawi - The Pavilion
    The Datai Langkawi - The Pavilion

 

Epaulé par son fils Quentin Lefort, qui a rejoint l’agence DL2A qu’il a fondé, le duo repense les espaces et imagine des extensions, en conservant l’ADN des lieux – l’harmonie entre l’homme et la nature – à l’aide de matériaux locaux, de nouveaux tons chaleureux, d’un éclairage repensé et de l’apport du confort des nouvelles technologies. « J’adore ce genre de défi, car c’est de l’horlogerie : travailler de manière très subtile, par touches. J’ai horreur de démolir, pour démolir : être environnemental, c’est réutiliser. »

60 millions de dollars de rénovation plus tard, les habitués ont pu reconnaître qu’ils « adoraient le nouveau Datai, leur hôtel en plus frais et plus moderne ».

  • The Datai Langkawi - Rainforest Villa
    The Datai Langkawi - Rainforest Villa

Le futur du Datai ?

De nouvelles villas vont être créées ainsi que quelques nouvelles salles de spa, les beach villas vont être redécorées (elles ont été construites 20 ans après l’hôtel), un petit beach club avec piscine va être initié. L’hôtel devient le vaisseau amiral d’une chaîne en développement, Datai Hotels & Resorts, qui va ouvrir des adresses au Vietnam, Cambodge, Indonésie et encore à Langkawi.

« Le Datai est un lieu exceptionnel, précieux, hors norme. Imaginez, ce sont vraiment deux destinations – la plage et la jungle – à cent mètres d’écart ! Vous nagez dans les plus belles eaux du monde puis vous dînez thaï dans la canopée face à des singes et des toucans. C’est fantastique. Une telle nature est une formidable source d’apprentissage. Elle sensibilise au besoin de sa préservation ».